Croix et calvaire en Bretagne

Les croix et calvaires remplissaient de multiples fonctions : ils étaient bien sur tout d’abord édifiés dans le but d’obtenir la protection divine du territoire, mais ils jouaient parfois le rôle de marqueurs de territoire.

Le territoire de Saint-Guénolé-Penmarc’h était parsemé de croix de granit. Il est impossible de s’en rendre compte aujourd’hui, seule la toponymie peut nous en donner une vague idée. Il en reste encore quelques unes, mais à l’instar des mégalithes, la plupart ont été détruites, surtout au moment du renouveau démographique de Saint-Guénolé, soit à partir des années 1870.

Les premiers « touristes » de la fin du XIXe en découvrirent encore beaucoup et ne manquèrent pas d’en être impressionnés. Cette présence des croix et calvaires était d’autant plus marquante que rien ne les dissimulait, ni arbres, ni relief.

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Quartier de Menez ar groas

Cette croix figure encore sur le plan cadastral de 1833, mais elle a disparu depuis longtemps. On peut supposer que la création de la route Penmarc’h – Saint- Guénolé lui a été fatale, car le cadastre nous montre qu’elle empiète largement sur la chaussée. Croas ver signifie « croix courte », il s’agit certainement d’une petite croix de chemin datant du Moyen Age, comme on en rencontre encore beaucoup en Pays Bigouden. Selon Horst Schülke, « ces petites croix sont, dans la plupart des cas, les restes remontés de croix cassées ayant eu auparavant la hauteur habituelle de plus de deux mètres qui est la cause principale de la fragilité de ces monolithes. (Schülke, Horst.- Le microrelief…)»
La position de cette croix à l’entrée de la trève de Saint-Guénolé, juste après le pont de Keréon, en fait un marqueur de territoire : à partir d’ici on quitte le territoire de saint Nonna pour entrer dans celui de saint Guénolé.

La croix de Kerouil

La croix de Kerouil date du XIVe d’après Y.-P. Castel (6). « Du côté du Christ, les deux larrons sont attachés à deux petites croix et, au revers, une Vierge à l’Enfant est au centre, encadrée par les personnages habituels du bas de la croix : Marie et Saint Jean (7).» Selon « certains » il y aurait eu un cimetière près de la Croix (Monfort, Rémy .- Penmarc’h…). Au Moyen Age les inhumations se faisaient fréquemment au pied des croix de carrefours. Cette pratique fut interdite en Bretagne vers le XIIe. La croix de Kerouil pourrait être la dernière trace visible d’une ancienne chapelle dédiée à Saint Quirin. A noter que cette croix a donné son nom au quartier, encore appelé aujourd’hui « la Croix ». Il existait encore une croix dans la partie nord de Kerouil : seul le socle est visible aujourd’hui.

La Croix de Pors Carn

Y.-P. Castel date cette croix du XVIe, il signale que son socle est constitué par un vestige de chapiteau. Cette croix a été vandalisée en 2011, à cette occasion il a été possible d’observer ce socle auparavant enfoui en partie dans la terre.

Autres croix de Penmarc’h

– Croix de Keradennec: Haut Moyen Age
– Croix de Kerrouze, Moyen Age
– Croix du cimetière de Kérity, XIXe
– Croix du cimetière de Penmarc’h, XIXe
– Croix de Menez Gad, Haut Moyen age

Calvaires des deux églises de St-Guénolé

Trois calvaires existent encore aujourd’hui à Kergarien, ils sont dessinés sur le plan cadastral de 1833.
Le calvaire de la Tour carrée, situé côté ouest, date du XVIe. Il est décrit par Caillon et Riou : « le calvaire Ouest porte, à côté d’une Piéta, un Saint Guénolé en évêque et un saint inconnu porteur d’écusson ou un ange : on croit remarquer un cor sur le blason. Le tout est d’un seul bloc encastrant le fut. (Caillon, Marcellin .- A la découverte du Pays bigouden…)» Ce calvaire a fait l’objet d’une restauration.
L’autre calvaire de la Tour carrée se situe côté est, il comporte un Christ et au revers une Piéta.

Calvaire de Lescors

Près de la chapelle de la Madeleine
Il daterait de 1618 et serait l’oeuvre de Roland Doré

Calvaire de ND de la Joie

Il porte sur la base 1588. il est double: du côté du Christ, Marie-madeleine a pris la place de la Vierge de douleurs, peut-être parce qu’elle a une chapelle célèbre dans le voisinage. Elle est facile à identifier à son vase de parfum, au couvercle bombé. Saint Jean montre le Christ de la main, semblant dire comme Jean le Baptiste: « voici l’Agneau de Dieu ». Au pied du Christ, deux anges, à genoux, tiennent un énorme calice.
De l’autre côté, la vierge porte son enfant, avec tendresse, en tenant de l’autre main une pomme de pin, emblème de fécondité; sa maternité a été féconde puisqu’elle a donné le Sauveur du Monde. L’enfant regarde sa mère selon l’iconographie du XVe siècle, c’est Notre dame de la Joie: ce titre pourrait ainsi expliquer la suppression de Notre-Dame des Douleurs (il y a pourtant la piéta au pied de la Croix, une femme profondément inclinée, sur un corps souple, bien équilibré par le sculpteur). le Christ présente ses mains ouvertes et percées, et par exception, les jambes croisées. cette statue a aussi la facture du XVe siècle.
A gauche, Saint Jacques, reconnaissable à son bourdon et au bâton cassé, est sans coquille et sans chapeau. Le personnage voisin tenait dans la main un petit objet, probablement un clef. Ce serait St-Pierre qui avait une chapelle proche.
Ainsi on aurait, comme dans l’évangile: Pierre, Jacques, et Jean, la trilogie apostolique.
Au niveau des consoles, quatre mascarons font le tour du fût.
Il est bien possible que le Christ soit plus tardif, par suite d’une réfection.

Calvaire de Kerouil, XIVe siècle

Calvaire de Kerellec, XIXe siècle

Ces textes sont extraits de :
– « A la découverte du pays Bigouden » – Marcellin Caillon et Guy Riou
– site internet : www-saint-guenole.net